Haïdouti Orkestar feat. Ibrahim Maalouf

Au sein du Haïdouti Orkestar, Zeki Ayad Çölas chante en turc, en arabe, en azéri, en serbe et parle parfaitement français. D’emblée, ça force un peu le respect. Certes, Zeki n’est pas tout jeune, mais quand même. En turc, zeki signifie intelligent.

Le Haïdouti Orkestar, c’est une âme bigarrée aux grandes mains de cuivre. Des tuyaux d’étincelles jetées sur un public qui ne demande qu’à être arrosé de notes chaudes et festives. Les percussions complètent le rythme avec ardeur, et les ondulations d’un accordéon participent au feu de joie. Le résultat, c’est une osmose incandescente entre la scène et la salle.

Phare flamboyant et fanfare enjouée, le groupe guide vers ce pays magique qu’est le répertoire tsigane, où tout chatoie et virevolte. Même si parfois un soupçon de mélancolie se laisse entendre. La fièvre des Balkans, son euphorie et son spleen sous-jacent.

Zeki ne se défait pas de son sourire et tous les musiciens ont le visage tourné vers le public. La performance exalte de générosité. En turc toujours, haydut signifie bandit. Leur seul crime aurait pu être de réveiller les voisins. Mais dans la cave de la Bellevilloise, les bandits de grand chemin sont plutôt des faiseurs de lumière.

Puis la trompette renommée entre en scène. Sans fanfaronnade, Ibrahim Maalouf prend place à gauche de Zeki. Et souffle. Rien ne s’envole, mais c’est limite. Comme les branches du cèdre soumises au vent, le public se balance. Invité spécial du groupe, le fakir du son va et vient. Le temps de quelques morceaux, il laisse le trompettiste Nicolas Genest poursuivre la séance d’hypnose.

Le public semble trompettisé et le temps suspendu. Mais pas de faille temporelle, le Haïdouti Orkestar et Ibrahim Maalouf c’est bien de l’actualité. Ensemble, ils ont composé la bande originale du film La Vache, de Mohamed Hamidi. La bande alterne donc joyeusement morceaux tirés du film et morceaux d’albums précédents.

Le Haïdouti Orkestar fait partie d’une famille : le collectif Tchekchouka. L’un des cousins se produisait récemment à l’Ecla de Saint Cloud. Dans une ambiance feutrée, le Paris-Damas-Istanbul a enveloppé le public d’airs de Turquie, d’Irak et de Syrie, entre musiques du sérail ottoman et répertoire plus populaire. A ses cordes délicatement grattées, le groupe ajoute une reprise de la Chanson pour l’Auvergnat. Le saz remplace la guitare, les r roulent différemment, et Damas semble être la voisine de Sète. Les deux projets ont deux petits bandits en commun : le percussionniste Sylvain Dupuis, et Zeki Ayad Çölas.

La musique, syndrome d’intelligence ? Pas de doute.

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